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Le Cloud Souverain en France
La souveraineté numérique est devenue le défi stratégique central de la décennie. Face à l'hégémonie des GAFAM (notamment Amazon AWS, Microsoft Azure et Google Cloud), l'Europe et en particulier la France ont pris conscience de l'urgence de protéger les données sensibles (étatiques, médicales, financières) contre les lois extraterritoriales.
1. Le fondement du problème : Le contexte juridique
Le déclencheur majeur de la doctrine du Cloud Souverain est lié à une confrontation de législations :
- Le U.S. Cloud Act (2018) : Cette loi américaine permet aux autorités fédérales américaines de contraindre tout fournisseur de services Cloud basé aux États-Unis à fournir les données stockées sur ses serveurs, peu importe où ces serveurs se trouvent dans le monde.
- Le RGPD Européen : Impose des règles draconiennes sur le traitement des données personnelles sur le sol européen et leur confidentialité.
Concrètement, héberger les données d'un CHU (Hôpital) français sur Microsoft Azure revient à accepter qu'une agence américaine puisse légalement y accéder. C'est ici que la souveraineté intervient.
2. La qualification suprême : SecNumCloud
En France, c'est l'ANSSI (Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d'Information) qui définit les standards. Elle a créé un visa de sécurité ultra-exigent nommé "SecNumCloud". Pour l'obtenir, un acteur cloud doit garantir :
Juridiction stricte
Le droit non européen ne doit pas s'appliquer à l'offre. Le capital de l'entreprise doit être majoritairement européen.
Sécurité logique et physique
Isolation totale du SI de l'entreprise vis à vis du SI interne du fournisseur. Exigences physiques des datacenters en France.
3. Les réponses du marché français "Le Cloud de Confiance"
Pour contrer le retard logiciel de l'Europe, l'État a formulé la doctrine "Cloud de confiance" qui donne naissance à deux types d'acteurs de souveraineté :
- Les acteurs 100% locaux : OVHcloud, Scaleway et 3DS Outscale. Ils développent leurs propres briques technologiques de A à Z. C'est l'indépendance technologique et juridique parfaite.
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Les alliances en "Licence" (NumSpot, Bleu, SENS) :
Considérant que Microsoft M365 ou Google Cloud ont trop d'avance fonctionnelle, les industriels français se sont associés avec eux : Bleu (Orange, Capgemini) licenciera la technologie Azure de Microsoft ; SENS (Thales) licenciera Google Cloud. La subtilité : les datacenters sont en France, isolés du net américain, opérés exclusivement par du personnel français. Cela permet d'obtenir le visa SecNumCloud tout en utilisant la technologie GAFAM.
👉 L'impact direct sur les profils SIO / Administrateurs Systèmes
Cette veille est fondamentale pour un étudiant en SISR, car la mise en architecture réseau d'une entreprise change du tout au tout sous ce prisme :
Ségrégation des flux : Il n'est plus question d'envoyer toute l'infrastructure sur un AWS classique. Il faut concevoir des Architectures Hybrides. On héberge le site vitrine/e-commerce sur le Cloud public, mais on héberge la base de données SQL ou l'Active Directory sur du On-Premise (en local) ou dans un cloud SecNumCloud.
Chiffrement omniprésent (BYOK) : Le concept de Bring Your Own Key devient un standard pour l'administrateur. Les données doivent être chiffrées avant leur départ vers le cloud, avec une gestion de clés contrôlée uniquement par l'entreprise locale. Une mauvaise GPO ou une mauvaise table de routage devient alors une faille de conformité réglementaire grave.